Composer avec les envies de chacun·e

Si l’on part du constat que vous avez fortement envie de revoir votre alimentation parce que vous vous baladez sur mon blog, on peut dès lors supposer qu’il faudra œuvrer pour composer avec les attentes et les envies de ceux et celles qui partagent vos repas quotidiens. Comment faire pour couvrir les besoins nutritionnels de tous les membres de la famille tout en prenant en compte les préférences et dégoûts de chacun ? Est-il raisonnable d’imposer à ses pairs un plat à base de céleri, par exemple, quand l’odeur nous rebute nous-même ?

Porridge de fonio
Porridge de fonio doudou

S’interroger sur ses motivations

Parmi les derniers travaux de psychologie sociale publiés, on retrouve les recherches du psychologue australien Roy F. Baumeister au sujet du désir d’appartenir et son influence sur notre motivation et notre comportement [1]. La Professeure Sophie Lelorain, enseignante chercheuse en psychologie à l’université de Lille III, parvient à des conclusions similaires dans ses travaux sur la modélisation des croyances en santé, et notamment les réflexions qui poussent une femme enceinte au changement [2].

Pourquoi certaines personnes, un jour, décident de faire plus attention à ce qu’elles mangent ? En quoi la perception des bénéfices et des obstacles a-t-elle un impact plus important sur la prise de décision que sa propre vulnérabilité par exemple ? En matière de volonté, de courage et de dépassement de soi, la solution semblerait se trouver dans la formation de ses intentions, la transformation de ces dernières en objectifs précis, avec feedback à clé et réajustement de son projet si nécessaire, afin que la faisabilité soit réellement prise en compte.

Par ailleurs, il est indispensable de formuler les choses positivement, notre cerveau n’aimant pas les tournures négatives. Un enfant sera toujours plus enclin à collaborer si on lui souffle ce qu’il est convenable de faire et non de ne pas faire. En effet, pour Paul Watzlawick, psychanalyste junguien et mentor, parmi d’autres, de l’école de Palo Alto, « l’inconscient n’entend pas les négations ». Pour preuve, le désormais classique exercice de l’éléphant rose [3], auquel on demande de ne pas penser pendant une minute et qui prend toute sa place visuelle dès lors qu’est formulée l’interdiction de l’imaginer !

Se laisser guider par son intuition

Souvent, nous avons tendance à laisser nos actions être guidées par notre peur et nos croyances, plutôt que de faire appel à notre intuition et notre bon sens. Si notre enfant boude son petit-déjeuner, il peut être intéressant de le laisser vivre son expérience d’une matinée avec un ventre vive, plutôt que de ne pas respecter ses signaux de faim. Vous ne le retrouverez pas rachitique pour autant à la sortie de l’école ! Tout changement commence d’abord par soi-même.

D’ailleurs, ce changement, lequel est-il ? Pourquoi avez-vous le sentiment que c’est important pour vous et votre vie personnelle ? En quoi répond-il à vos aspirations et vos valeurs ? S’interroger sur ses motivations profondes est toujours le meilleur point de départ ! Une fois que l’on sait pourquoi on fait les choses que l’on fait, on peut ôter les couches qui nous enferment et qui se nomment peur, doute, angoisse, jugement, faible estime de soi…

Quand votre entourage vous verra épanoui·e dans votre nouvelle manière de vous alimenter, plusieurs d’entre eux auront envie de vous suivre ! Pour l’anecdote : j’ai déjà vécu des situations où l’assiette entièrement végétale que j’avais demandée était plus élaborée et colorée que celle de mes collègues (au restaurant ou lors d’un mariage notamment), suscitant bien plus d’intérêt chez les personnes qui partageaient ma table que leur propre assiette ! Ces moments ont bien sûr compensé les fois où mes envies de repas gourmands et végétariens ont été accueillis par une salade verte. Sans sauce (histoire vraie).

Faire ensemble

À la maison, j’ai relevé une bonne manière de motiver les troupes : celle du faire ensemble ! La question « qui veut cuisiner une quiche aux légumes ? » remporte immanquablement plus de succès que « qui veut manger une quiche aux légumes ? » Toute personne qui a participé à la mise en œuvre d’un projet, aussi banal que la confection d’une tarte à la tomate, aura davantage envie de célébrer le résultat, à savoir planter sa fourchette dans son repas. Certes, il faut parfois s’armer de patience quand on cuisine avec un enfant. Cependant, le jeu en vaut la chandelle. L’action de préparer un plat à quatre mains, voire plus, constitue une activité ludique, bénéfique pour tous les membres de la famille. On peut y nourrir ses besoins de connexion à l’autre, de créativité, de découverte et de sensorialité.


[1] “Willpower: Rediscovering The Greatest Human Strength”, Roy F. Baumeister & John Tierney, Penguin Books, 2011.

[2] Intervention du Pr. Sophia Lelorain lors des Rencontres des 1000 jours pour la santé de 2017 – https://www.youtube.com/watch?v=reli6zOLBJI – http://s3.amazonaws.com/danone-grandforum-prod/wp-content/uploads/2018/01/22180226/CR-GF5-web.pdf

[3] http://blog.scommc.fr/mieux-communiquer-lelephant-rose-et-la-girafe-bleue/

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