On parle beaucoup de seconde main pour les manteaux, les jeans ou les baskets. Le textile intime, lui, reste le grand oublié des discours sur le réemploi. Pourtant, une culotte représente la même eau, le même coton et la même énergie qu’un tee-shirt, à l’échelle près. Alors que fait-on d’une lingerie qu’on ne porte plus ? Et jusqu’où va, concrètement, la seconde vie de ces petites pièces ?
Le textile intime, angle mort du tri
En France, les bornes de collecte acceptent le linge de corps à condition qu’il soit propre et sec. Dans les faits, la plupart des gens n’y pensent pas et les culottes finissent à la poubelle, donc en incinération ou en enfouissement. Les chiffres publiés par l’ADEME rappellent qu’une part importante des textiles mis sur le marché n’est jamais collectée. Le linge de corps pèse lourd dans cette part, parce qu’il est perçu comme « non donnable ».
Cette gêne est compréhensible. Personne n’imagine offrir ses sous-vêtements à une association comme on donne un pull. Mais entre le don et la benne, il existe tout un éventail de solutions que l’on connaît mal.
Réparer, transformer, prolonger
La première piste, la plus simple, consiste à faire durer. Un élastique détendu se remplace en dix minutes à la machine, un petit trou se reprise à la main. Les culottes en coton biologique ou en modal supportent très bien des années de lavage si on évite le sèche-linge et les températures élevées.
La deuxième piste, c’est la transformation. Le coton d’une culotte usée devient chiffon à poussière, rembourrage de coussin, lingette lavable pour la salle de bain. Les couturières amatrices récupèrent les dentelles encore belles pour orner un sac en tissu ou une trousse. Rien de spectaculaire, mais c’est exactement le genre de geste qui, répété sur un foyer entier, fait baisser le volume de déchets textiles.
La vente de lingerie portée, un marché qui existe bel et bien
La troisième piste surprend souvent : il existe un marché, discret mais réel, pour la lingerie déjà portée. Pas la lingerie lavée et revendue comme neuve, mais bien la culotte telle qu’elle a été portée, avec son odeur. En France, des plateformes spécialisées encadrent ces échanges entre adultes consentants, avec des vendeuses majeures qui fixent elles-mêmes la durée de port et le prix.
Sur une boutique comme celle qui propose un rayon entier de culotte sale, chaque pièce est unique, décrite par sa matière et le nombre d’heures de port, puis expédiée en colis neutre après paiement par carte. Ce n’est pas du réemploi au sens où l’entend l’économie circulaire, et il faut être honnête là-dessus : la motivation des acheteurs est fétichiste, pas écologique. Mais le résultat est le même pour la matière : une pièce qui aurait fini à la poubelle trouve un second usage et une seconde valeur.
Ce qui frappe, quand on regarde ce marché avec un oeil extérieur, c’est sa transparence. Les vendeuses parlent ouvertement de leur activité, les conditions sont écrites, les règles de la plateforme sont publiques. Nous sommes loin de l’image sulfureuse que l’on s’en fait.
Que peut-on en retenir pour sa propre lingerie ?
Pour la grande majorité des lectrices et lecteurs, la question n’est pas de vendre ses culottes. La question, c’est de ne plus les jeter par réflexe. Quelques repères utiles :
- Acheter moins, mieux : trois culottes en coton bio bien coupées durent plus longtemps que dix pièces en polyamide fin.
- Laver à 30 ou 40 degrés, dans un filet, sans adoucissant qui abîme les élastiques.
- Réparer dès le premier signe de fatigue plutôt que d’attendre que la pièce soit informe.
- Quand la culotte est vraiment en fin de vie, la déposer propre dans une borne textile ou la transformer en chiffon.
Et pour celles qui s’interrogent sur la vente de lingerie portée, il est utile de savoir qu’elle est légale entre adultes, qu’elle se pratique sur des plateformes dédiées plutôt que sur les sites généralistes de seconde main, qui l’interdisent, et qu’elle suppose de déclarer ses revenus comme toute activité régulière.
Le fond du sujet : notre rapport au corps
Si le textile intime reste l’angle mort du réemploi, c’est moins pour des raisons techniques que culturelles. Nous avons appris à considérer tout ce qui touche la peau de près comme sale par définition, et donc à le cacher ou le détruire plutôt qu’à le prolonger. Les mouvements autour de la lingerie durable, des culottes menstruelles lavables ou de la vente de lingerie portée ont ceci en commun qu’ils remettent le corps au centre, sans honte.
On peut ne pas se sentir concerné par tous ces usages. Mais garder une culotte deux ans de plus, la réparer ou lui trouver un second usage, c’est un geste à la portée de tout le monde. Et c’est par là que commence, très concrètement, la seconde vie du textile intime.


